Autophagie par Nabil Janmoune - Décembre 2012

Nous avons été habitués à ce que la clémence du ciel en début de saison agricole augure d’une bonne année, avec des effets directs et arithmétiques induits par l’importance du secteur agricole dans notre économie, et indirects, avec des effets d’entrainement dus à une composante psychologique non négligeable et à son impact sur la consommation, et partant, sur l’investissement.


Malgré l’abondance, la bonne répartition dans l’espace et dans le temps, des précipitations, et malgré des prévisions de croissance nettement positives, l’on peut parier que pour l’écrasante majorité des jeunes dirigeants, le processus budgétaire pour 2013 s’est avéré un jeu délicat caractérisé soit par un manque de visibilité, soit par des scenarii plus éclairés mais teintés d’inquiétude.
Une conjoncture internationale incertaine, une diminution de la demande, des difficultés de recouvrement croissantes, ou encore l’apparition de nouvelles formes de concurrence ; sont autant de facteurs véritablement douloureux au présent, allant même parfois jusqu’à mettre en péril les entreprises, et anxiogènes au futur. Et c’est avec leur seule lunette que l’avenir proche est généralement regardé.


Ceci a pour conséquence fréquente de simplifier la réaction et la réduire à une non-réaction. La position de spectateur sera ainsi jugée plus confortable à celle d’acteur, et au vu des risques et de la complexité du jeu, et de ses incertitudes tétanisantes, la seule règle en sera «le premier qui bouge a perdu». Une léthargie salvatrice... ?
Comme dans la nature, toute entité vivante quelle soit individu, Entreprise, ou même pays, a sans cesse besoin d’énergie pour subsister et réclame en continu des ressources, elles-mêmes créées. Là où ce processus nous interpelle, c’est quand il est rompu et quand cette énergie, la richesse, cesse d’être créée, ou est insuffisamment générée.


Même en diminuant le régime ou réduisant la voilure, l’entité — l’Entreprise en ce qui nous concerne — ne peut espérer se passer sainement de création de valeur et son inaction n’arrêtera ni son besoin en ressources, ni leur consommation. Faute de régénération de ces ressources , l’Entreprise provoquera son propre appauvrissement sur le présent et à terme, sa fragilisation. Un immobilisme qui coûte cher, lorsqu’il n’est pas fatal. Soyons clairs : il n’y aura pas de fin de crise, si cela signifie un retour à la situation précédente. Ce ne pourra être que le début d’une nouvelle phase, avec des fondamentaux que l’on espère vite plus sains, mais avec de nouvelles contraintes, inconnues, auxquelles il faudra s’adapter. Cette prochaine phase apportera également de nouvelles opportunités, qu’il faudra distinguer et saisir. Mais point de retour en arrière. Il s’agira de repenser les modèles économiques, trouver de nouveaux axes de croissance, intégrer et proposer de nouvelles valeurs, repérer les véritables écueils, etc... tout en résistant à la tentation d’apprécier les situations futures avec la seule expérience du passé et de son prisme. Ceci n’est pas un appel niais à la prise de risques inconsidérés (il ne serait d’ailleurs pas en-tendu, et tant mieux), mais une invitation à prendre conscience du danger que constitue pour l’Entreprise une trop longue atonie en milieu hostile. Derrière l’illusion d’un instinct de survie qui préserverait l’Entreprise, l’inaction voile en vérité les conditions d’une silencieuse et inéluctable autophagie.■

CJD MAROC